Changement climatique

Climat : agir par le biais de l’entreprise

Dans un contexte d’urgence et de dérive climatique, il est nécessaire d’agir et mettre en œuvre les solutions qui permettraient de limiter le changement climatique, si possible à +1.5°C.

L’entreprise est l’un des principaux leviers d’action, elle a une responsabilité par rapport aux enjeux climatiques, ne serait-ce que par sa participation aux émissions de gaz à effet de serre (GES) de manière directe ou indirecte.

L’entreprise face à ses responsabilités

Au siècle dernier, l’objectif consistait à produire de la richesse, des biens, des emplois. Il s’agit en réalité d’une vision réduite de la responsabilité d’une entreprise.

On se rend compte aujourd’hui des impacts importants qu’une entreprise peut avoir sur les enjeux non-économiques : l’environnement (dont le climat) et le social.

Toutes les entreprises et tous les secteurs d’activité sont concernés.

Comment, en connaissance de cause, transformer l’entreprise ?

1.    Communiquer, former et accompagner

Il existe de nombreux moyens pour former l’ensemble des collaborateurs et acteurs de l’entreprise aux enjeux climatiques et environnementaux à grande échelle : conférences, cours, ateliers (Fresque du Climat par exemple).

La communication et la formation de l’ensemble des acteurs sont cruciaux, d’une part pour accompagner le changement dans l’entreprise (la transformation écologique d’une entreprise est conséquente), d’autre part pour faciliter la prise de décision (meilleure compréhension des enjeux associés) et donc la mise en œuvre d’une stratégie environnementale et sociale.

Cette étape est nécessaire avant toute transformation profonde de l’entreprise.

2.    Transformer le business model

Le modèle classique de plus-value actionnarial de court terme, dans une économie linéaire (on extrait, on produit, on utilise, on jette) est un système critiqué (à juste titre) depuis de nombreuses années : c’est un modèle dépassé, qui ne fonctionne pas dans la durée dans un monde aux ressources limitées.

L’entreprise a le devoir dans ce contexte de transformer son business model. Plusieurs éléments clés sont alors à prendre en compte :

  • Intégrer les limites planétaires dans le modèle de l’entreprise, ce qui nécessité un changement profond d’usage, de nos comportements et une transformation radicale de son business model : la durabilité doit être mise au cœur même de l’entreprise.
  • Mettre en œuvre une politique d’atténuation de l’impact de l’entreprise sur le climat
  • Anticiper et gérer les risques climatiques (politique d’adaptation), en mettant en place une vision à impacts : quels sont les impacts de l’entreprise sur son environnement ? Quels sont les risques et impacts climatiques et environnementaux sur l’entreprise ?

Quels sont les leviers de transformation sur le business model de l’entreprise ?

  • Former et sensibiliser l’ensemble des acteurs (actionnaires, dirigeants, salariés, clients, fournisseurs, partenaires, …) aux enjeux climatiques et environnementaux.
  • Impliquer l’ensemble de ces acteurs dans la démarche et repenser chacun des rôles par rapport aux enjeux sociaux et environnementaux (en particulier celui des actionnaires).
  • Passer d’une approche comptable financière à une comptabilité multi-capitaux, c’est-à-dire qui intègre les aspects financiers, environnementaux et sociaux.
  • Transformer le modèle économique
  • Porter une politique de sobriété, à tous niveaux (énergie, produits, services, usages, fonctionnement intrinsèque, fournisseurs, clients, etc.).
  • Coupler une approche de transformation Bottom-Up avec une approche Top-down.
  • Changer structurellement l’entreprise pour aller vers une entreprise à mission ou de l’ESS (Economie Sociale et Solidaire).

Comment mettre en œuvre ces leviers ?

3.    Transformer le modèle économique

La transformation du modèle économique permet le passage d’une économie traditionnellement linéaire à des modèles plus durables :

  • L’économie circulaire : réutiliser, recycler, transformer.
  • L’économie de la fonctionnalité ou économie de services et d’usage : on n’achète plus un produit ou un service, mais son usage, ce qui permet de réduire le nombre de produits en fin de vie, limiter la fabrication de produits neufs (à plus fort impact environnemental), augmenter la réparabilité, supprimer l’obsolescence programmée.
  • L’économie collaborative, consistant à mettre en commun des produits ou services, dans l’objectif de limiter la consommation de ressources et d’énergie.
  • L’économie permacirculaire : l’objectif réside dans la création d’un circuit fermé, où le déchet des uns est la matière première des autres. Ce type d’économie se met en œuvre à l’échelle locale et tient compte des limites planétaires, via des offres durables et soutenables, une consommation responsable, et la réintégration des déchets dans le système.

Quel que soit le modèle privilégié, cette transformation implique un changement de paradigme au niveau de la consommation et de la production, intégrant des objectifs de sobriété.

4.    Transformer le modèle social et environnemental

Les responsabilités de l’entreprise dépassent ses seules valeurs économiques : elles doivent être étendues à sa responsabilité sociale et environnementale ou RSE.

Néanmoins, cette responsabilité face aux enjeux climatiques, sociaux et environnementaux doit être portée par l’ensemble de l’entreprise, et en particulier par ses dirigeants. Si ce n’est pas le cas, une politique portée sur les enjeux climatiques sera vouée à l’échec, ou pire, sujette au greenwashing.

« Le jour où le climat deviendra un sujet vraiment sérieux, un des marqueurs sera donc qu’il sortira de la RSE », Jean-Marc JANCOVICI, Le climat doit-il vraiment faire partie de la RSE ?

L’enjeu est donc l’appropriation de la RSE par l’ensemble de l’entreprise, et pas uniquement du département RSE, qui doit être le guide ou le référent.

Pour cela, des outils existent, notamment depuis la loi PACTE en 2019, qui permet à l’entreprise :

  • D’afficher une raison d’être
  • De devenir une entreprise à mission, en intégrant les enjeux climatiques, sociaux et environnementaux dans ses statuts, les parties prenantes et la gouvernance de l’entreprise

Pour réussir sa transformation au niveau social et environnemental, il est donc nécessaire :

  • De former et de se former : chacun a la capacité d’agir sur son environnement dans son domaine d’influence, et donc chacun a la capacité à son échelle de mettre en œuvre des actions de transformation
  • De s’ouvrir : consulter des experts, des organisations, des entreprises qui sont en cours de transformation pour traiter les enjeux de manière collective
  • D’impliquer l’ensemble des acteurs au sein et à l’extérieur de l’entreprise

5.    Intégrer les nouveaux indicateurs de richesse de l’entreprise

L’entreprise doit changer sa manière de mesurer la richesse, en intégrant les enjeux sociaux et environnementaux dans sa perception et au sein même de son modèle comptable.

Sans une intégration des enjeux sociaux et environnementaux dans les modèles comptables, on ne peut pas considérer que l’entreprise prend des décisions avisées : elles n’ont pas la capacité de mesurer leur réelle création de valeur et de dette (qui peut être de la dette sociale ou environnementale).

La problématique consiste alors à représenter les choses : comment modéliser la valeur, la richesse, ou la dette de l’entreprise ?

C’est la double matérialité : prendre en compte les impacts du social et de l’environnement sur l’entreprise, ainsi que les impacts de l’entreprise sur le social et l’environnement.

Cela implique de mettre en place une comptabilité multi-capitaux, qui intègre le capital financier, mais aussi le capital naturel et le capital humain.

6.    Eviter le greenwashing

Des entreprises ont tendance à communiquer sur tout changement « responsable », sous prétexte marketing, sans en mesurer les impacts ni replacer le changement dans son contexte.

Pour éviter le greenwashing, il s’agit de communiquer sans prétexte marketing, mesurer l’impact et obtenir des résultats avec des outils valides et certifiés : Bilan Carbone, analyse de cycle de vie, analyse de matérialité.

Réinventer un modèle durable et systémique

Pour se réinventer, l’entreprise doit tout d’abord mesurer son impact par des indicateurs précis.

Il existe divers outils de mesure d’impact :

  • Pour le climat, le Bilan Carbone, le GAG protocole, les normes ISO
  • Pour la biodiversité, le Biodiversity Score (indicateur créé en 2020)
  • Pour l’environnement de manière plus générale : l’analyse de cycle de vie (ou ACV), l’analyse de matérialité

L’entreprise doit aujourd’hui se transformer et élargir ses responsabilités, en contribuant activement à la préservation de la nature et l’amélioration des conditions sociales.

Le climat, l’environnement, la biodiversité, le social doivent intrinsèquement faire partie de l’entreprise.

Cela implique de changer la manière de concevoir l’économie, redéfinir la notion de capital de l’entreprise, mobiliser les parties prenantes, concevoir de nouvelles manières de produire, comptabiliser, gérer, et surtout moins et mieux consommer (voir l’article : Climat : agir à titre individuel).

Pour finir, il est important de garder à l’esprit que :

  • Il n’y a pas de solution miracle
  • Tout nouveau modèle a un impact écologique
  • Il est nécessaire de privilégier la sobriété
  • Une approche systémique est indispensable
  • Ne pas attendre que l’entreprise change pour changer soi-même