Stratégie bas-carbone

Compensation carbone : de quoi parle-t-on ?

De nombreuses entreprises et organisations ont aujourd’hui recours à la compensation carbone. De quoi s’agit-il ? Quels sont les biais à éviter ? Quelles sont les bonnes pratiques ?

Comment fonctionne la compensation carbone ?

Le principe de la compensation carbone consiste à financer des activités permettant d’éviter ou séquestrer des émissions de CO2 dans l’atmosphère, en échange de crédits carbone qui compensent les émissions générées par l’entreprise.

Ces activités peuvent être :

-La plantation d’arbres / de forêts

-Des projets qui séquestrent ou évitent des émissions de GES

La compensation carbone dans une stratégie bas-carbone

La mise en œuvre d’une Stratégie Bas-Carbone s’effectue en 3 étapes : Mesurer, Réduire, Compenser.

Mesurer permet à l’organisation de connaître son empreinte carbone, d’identifier les postes d’émissions et les actions d’atténuation via des outils comme le Bilan Carbone®.

Dans un deuxième temps, on cherchera à réduire les émissions de GES, ce de deux manières :

  • Eviter des émissions « inutiles », par une politique de sobriété,
  • Atténuer tous les postes d’émissions de GES qui n’ont pu être évités

Dans un troisième temps seulement, on cherchera à compenser : s’il reste quelques % d’émissions de GES que l’on ne peut ni éviter ni atténuer, alors on peut compenser, mais selon des règles bien précises : en effet, la compensation comporte des limites.

Les limites de la compensation carbone par la création de forêts

La compensation carbone par la création de forêt est limitée par les aspects suivants :

Limite de temps : un écosystème forestier créé mettra 50 à 60 ans pour absorber les émissions de GES souhaitées, alors que lorsque l’on fait décoller un avion par exemple, les émissions sont immédiates.

Limite par rapport à la biodiversité : une forêt plantée pour compenser les émissions doit respecter certains principes : diversité des espèces, un maximum d’espèces locales et/ou d’espèces qui s’adapteront à l’évolution du climat local, respect des cycles de la forêt pour privilégier un maximum la biodiversité, et cela dans l’objectif de produire des forêts en bonne santé. En effet, une forêt monospécifique (composée à minima de 80% d’arbres de la même essence) ou qui n’est pas adapté au terrain et climat locaux a de forte chances de mourir (parasites, maladies, ravageurs, stress climatique…), et de fait ne compense aucunement les émissions (comme ces 11 millions d’arbres plantés en Turquie).

Limite scientifique, et c’est sans aucun doute la plus importante de toutes : il n’est à ce jour pas prouvé scientifiquement que planter des forêts, pour toutes les raisons indiquées précédemment, ait un quelconque impact sur la compensation des émissions : les forêts sont sujettes aux aléas climatiques, aux ravageurs et maladies, et mettent du temps pour atteindre leur maturité.

Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas planter des forêts ! Les arbres sont bénéfiques pour la biodiversité, sont une aide pour s’adapter au changement climatique, permettent de lutter contre l’insécurité alimentaire, limitent les effets de météos extrêmes (canicules, sécheresses, inondations) (Article à venir : Plantons des arbres !). Cependant, planter un arbre pour absorber les émissions de CO2 pourrait avoir une efficacité limitée.

En revanche, lutter contre la déforestation est bien plus efficace pour atténuer les effets du changement climatique, les écosystèmes forestiers existants étant pleinement matures pour absorber une grande quantité de CO2.

Les limites de la compensation carbone par le financement de projets

Tout l’enjeu est de s’assurer de la validité du projet financé.

Par exemple : un projet qui crée un nouvel appareil émettant moins que celui existant, et vendant « l’économie » de GES sous forme de crédits carbone. Le problème, c’est que remplacer un appareil existant par un neuf comporte un coût environnemental qui n’est souvent pas pris en compte dans ce type de démarches, et l’effet rebond peut se cumuler : lorsqu’une technologie évolue et devient moins gourmande en énergie, elle modifie les usages. Cette modification des usages peut alors compenser partiellement voire totalement les économies d’énergie induites par l’évolution de cette technologie.

D’autre part, la finalité d’un projet peut desservir les objectifs climatiques et environnementaux. Il est donc important de s’assurer de la viabilité et de la crédibilité des projets financés.

Comment compenser proprement ?

Avant de compenser, il est nécessaire de mettre en œuvre une stratégie bas-carbone dans son ensemble. Cela signifie réaliser un bilan des émissions de GES, mettre en œuvre les actions de réduction et de compensation, mais aussi rendre le bilan ainsi que les résultats de cette stratégie public.

Ensuite, si l’on souhaite passer par la compensation pour limiter les émissions de GES, il existe des projets de compensation labellisés, répondant à des exigences précises (exemple : le Label Bas Carbone). Il est important également de sélectionner des projets actant en faveur de la transition écologique.

Enfin, il s’agit de communiquer de manière responsable, au risque de tomber rapidement dans le greenwashing.

Alerte greenwashing

Pour résumer, la compensation carbone doit être la toute dernière étape d’une stratégie bas-carbone.

Or, nombre d’entreprises se dédouanent de leur responsabilité climatique par le biais de la compensation carbone : sous prétexte de compenser leurs émissions, elles ne remettent pas en cause leur modèle et ne réduisent pas leurs émissions.

Une communication d’une entreprise sur la compensation de leurs émissions pour atteindre la neutralité carbone s’apparente de fait à du greenwashing, sans volonté de transformer en profondeur son modèle d’entreprise (voir l’article Climat : agir par le biais de l’entreprise). Un bien, un service ou une entreprise interagissent avec un écosystème, et de fait, mettre en avant son propre résultat Carbone c’est oublier que l’on vit dans un monde interconnecté (article à venir : pourquoi la mention « neutre en carbone » n’a aucun sens).

Pour aller plus loin :

Fiche technique relative à la compensation carbone mise à disposition par l’ADEME

Mécanismes internationaux et nationaux de réduction des émissions (site du gouvernement français) 

Le site Info Compensation Carbone