Biodiversité

Le déclin (trop) rapide de la biodiversité

Note : la plupart des chiffres et éléments de cet articles sont tirés du rapport Planète Vivante 2020 de WWF. Pour le reste, le lien de la source est dans l’article.

En 2016, WWF alertait sur l’état de la biodiversité avec le rapport Planète Vivante 2016 :

Les populations de vertébrés (poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles) avaient chuté de 58% entre 1970 et 2012.

Et si nous ne faisions rien pour inverser la tendance, ce déclin pouvait « continuer à s’aggraver jusqu’à atteindre 67% d’ici 2020 ».

Qu’en est-il aujourd’hui ?

La 6ème extinction de masse : un déclin extrêmement rapide des espèces

-68 % de vertébrés entre 1970 et 2016

Dont 10 % entre 2012 et 2016.

-80 % d’insectes entre 1989 et 2016 en Europe, -25% à -30 % d’oiseaux en 30 ans en France

Avec pour principales causes les pesticides et le changement climatique.

-49 % des populations marines entre 1970 et 2012

Les populations marines incluent les espèces de mammifères, oiseaux, reptiles et poissons marins.

« Si les différentes estimations que nous avons reçues se réalisent, alors nous sommes dans une situation où effectivement, dans 40 ans [2050], nous n’aurons plus de poisson », Pavan Sukhdev, directeur de l’Initiative pour une économie verte du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) en 2010.

-84 % des espèces vivantes en eaux douces depuis 1970

Ce déclin est observé chez les amphibiens, les reptiles et les poissons d’eau douce, et aucune région du globe n’est épargnée.

Une uniformisation des espèces

30 % des oiseaux sont encore sauvages, les 70 % restant sont des poules et oiseaux d’élevage.

4 % des mammifères sont encore sauvages, le reste sont des animaux d’élevage (60 %) et des humains (36 %).

Cette uniformisation est propice à la propagation de maladies et de parasites, et accentue la pression sur les populations sauvages.

Les principales causes de l’extinction des espèces

Les activités humaines, en dégradant les écosystèmes, est la première cause directe du déclin des espèces.

On retrouve parmi les causes :

La surexploitation des espèces, incluant la surpêche, le braconnage, ou les prises involontaires.

Le développement d’espèces envahissantes et de maladies : nous déplaçons des espèces sur des territoires où elles n’étaient pas présentes auparavant, ce qui engendre de la concurrence avec les espèces locales, ou une explosion de la population d’une l’espèce n’ayant aucun prédateur local. Nous déplaçons également des maladies d’une zone du globe à une autre.

La pollution : que ce soit la pollution aux hydrocarbures (marées noires), aux plastiques, ou d’autres pollutions diverses, elles dégradent les conditions de vie des espèces touchées, ce qui génère une disponibilité moindre de nourriture, une diminution des capacités reproductives, et donc une diminution des populations.

Le changement climatique (induit lui aussi par les activités humaines) : la plupart des espèces ne s’adaptent pas suffisamment rapidement à l’évolution de leur environnement lié au changement climatique : modification du climat local, modification des saisons, désynchronisation des périodes de reproduction / migration / nourriture abondante, extrêmes météorologiques.

Un déclin observé également pour les plantes ?

« Le nombre d’extinctions connues de plantes est deux fois plus élevé que celui des mammifères, des oiseaux et des amphibiens réunis » Rapport planète vivante, WWF, 2020.

L’analyse porte sur environ 10% des espèces de plantes connues. Parmi ces espèces analysées, environ 22% d’entre elles sont menacées d’extinction, soit 1 sur 5.

« Le risque d’extinction des plantes est comparable à celui des mammifères et est plus élevé que celui des oiseaux » Rapport planète vivante, WWF, 2020.

Les principales causes du déclin de la diversité végétale

« La croissance démographique humaine implacable exerce une pression néfaste sur la diversité végétale du monde » Rapport planète vivante, WWF, 2020.

Il semblerait que la destruction des habitats et les changements d’utilisation des terres, liées à l’urbanisation et l’agriculture soient les principales causes d’extinction des plantes signalées.

Certaines plantes (pour le moment minoritaires, mais dont le nombre augmentera au fil de la dérive climatique) sont également en danger d’extinction du fait du changement climatique.

La nécessité de préserver la biodiversité

Les plantes fournissent de multiples services à l’humain : nourriture, propriétés médicales, matériaux.

La réduction progressive de la diversité végétale génère des risques croissants autour de l’insécurité alimentaire, altère l’efficacité des soins médicaux, réduit la quantité de matériaux disponibles.

Les insectes, dont le déclin est important du fait de la réduction de leur espace de vie, des pesticides et autres pollutions, ou encore l’éclairage de nuit (exemple des chenilles), jouent un rôle essentiel dans tous les écosystèmes terrestres « en pollinisant les plantes, en régulant les ravageurs, en transformant les nutriments du sol et en fournissant de la nourriture à d’autres animaux ».

Le déclin des insectes est l’une des causes du déclin des oiseaux, et l’une des causes du déclin de la diversité végétale, pour les plantes dépendantes de la pollinisation pour se reproduire.

Plus globalement, la perte de la biodiversité diminue les rendements agricoles et la quantité de nourriture disponible, augmente le risque de maladies et de parasites, et donc augmente le risque d’insécurité alimentaire voire de famines.

« Nos systèmes alimentaires et agricoles dépendent d’innombrables façons des plantes, des animaux et des micro-organismes qui les composent et les entourent. La biodiversité, à tous les niveaux, de la génétique aux espèces en passant par l’écosystème, sous-tend la capacité des agriculteurs, des éleveurs, des habitants des forêts, des pêcheurs et des pisciculteurs à produire de la nourriture et une gamme d’autres biens et services dans une grande variété de facteurs biophysiques et socio-économiques différents. » Rapport du groupe de l’ONU Food and Agriculture, 2019.

Des espaces sauvages en net recul

Les espaces encore considérés comme sauvages sur la planète ne représentent plus que 25% des terres émergées.

Ils se réduisent à une partie de la forêt amazonienne, les déserts du Sahara et d’Australie, la chaîne de l’Himalaya, les zones gelées du permafrost situées en Russie et en Amérique du Nord, et le Groënland (sous la glace).

En dehors des espaces sauvages, les espaces intacts restent minimes, souvent au pourtour des espaces sauvages. Pour le reste, il s’agit de terres dégradées du fait des activités humaines (en rouge dans le graphique ci-dessous).

Fig. 19 du Rapport planète vivante, WWF, 2020 : Les terres dégradées représentent la majeure partie des terres émergées.

Or, « une fois érodé, un écosystème intact et ses nombreuses valeurs ne peuvent jamais être entièrement restaurés ».

Il est donc indispensable de :

  • Préserver les espaces encore intacts et sauvages
  • Réduire la pression sur les écosystèmes
  • Restaurer un maximum les espaces dégradés

Agir sans délai

Sans action rapide et massive pour limiter le déclin de la biodiversité, les conditions de vie humaines s’en verront fortement dégradées, et ce dans les décennies à venir :

  • Les pandémies seront plus fréquentes et plus violentes

« Les preuves scientifiques examinées […] démontrent que les pandémies sont de plus en plus fréquentes, entraînées par une augmentation continue des événements de maladies émergentes sous-jacents qui les déclenchent. Sans stratégies préventives, les pandémies apparaîtront plus souvent, se propageront plus rapidement, tueront plus de personnes et affecteront l’économie mondiale avec un impact plus dévastateur que jamais. » Rapport de l’IPBES de décembre 2020 sur les liens entre biodiversité et pandémies.

« La biodiversité est indispensable pour notre alimentation […] Une fois perdue, la biodiversité ne peut pas être récupérée » Rapport du groupe de l’ONU Food and Agriculture, 2019.

Contrairement aux 5 précédentes, cette 6ème extinction de masse a été engendrée par les activités humaines. Nous avons aujourd’hui encore le choix entre adopter un mode de vie basé sur l’exploitation massive des ressources naturelles, détruisant la biodiversité, le climat, et mettant en danger l’existence même de l’humanité, et adopter un mode de vie radicalement différent, respectueux du vivant et de l’environnement.

Note : à venir, des articles sur les solutions et actions possibles pour transformer nos modes de vie à l’échelle individuelle, des collectivités, des entreprises, des sociétés.

Un futur sans biodiversité ?

Les enfants qui naissent aujourd’hui auront probablement dans leur vie d’adulte des forêts et prairies silencieuses, des rivières, mers et océans vides, pour seuls insectes des moustiques toute l’année, et des rencontres rares avec des animaux sauvages.

Est-ce vraiment l’héritage que nous voulons laisser aux générations futures ?